Jouez le jeu
Beaucoup de C-Levels vivent dans une tension permanente. Front plissé, agenda saturé, pensées qui tournent en boucle, insomnies. Comme si votre fatigue attestait de votre engagement et justifiait votre salaire. Toute détente serait le premier signe d’un péché capital : le désengagement.
C’est une des raisons pour lesquelles j’aime tant provoquer par l’humour dans mes coachings. L’espace d’un instant, nous redevenons des enfants joyeux, qui retrouvent de la légèreté et de la créativité. Rire permet de ne plus être fixés sur les difficultés, et de commencer à apercevoir des solutions.
Bien sûr, vous gardez le poids de vos responsabilités. C’est normal, et c’est juste : plus vous montez dans la hiérarchie, plus vos décisions touchent de personnes. Mais faut-il vraiment être constamment sous tension pour assumer vos missions ?
Le jeu des comédiens, comme celui des enfants, demande un engagement intense. On y met toute son énergie, toute son attention, avec l’envie de réussir. Mais cet engagement va de pair avec une forme de légèreté. Il faut respecter un cadre, des règles. Il faut respecter ceux avec qui l’on joue… et nous-mêmes. Sinon, à plus ou moins brève échéance, le jeu risque de s’arrêter.
Dans The Infinite Game, Simon Sinek propose de voir l’activité économique comme un jeu « infini », c’est-à-dire sans victoire définitive. L’enjeu numéro 1, c’est de pouvoir rester « en jeu », dans le jeu. Nos décisions d’aujourd’hui sont importantes pour leurs conséquences immédiates, mais aussi parce qu’elles conditionnent notre capacité à poursuivre demain.
Pour cela, nous devons pouvoir réviser nos choix. Certains dirigeants voient leurs décisions comme une extension d’eux-mêmes. Toute contestation devient une attaque personnelle, tout ajustement signifie perdre la face. Vous vous retrouvez à défendre votre valeur, alors que la situation demande peut-être de revoir simplement votre manière d’agir.
Il faut garder du jeu, cette fois au sens mécanique du terme : cette marge qui permet le mouvement et évite l’usure excessive. Gardez un peu d’espace entre vous et vos actes, pour écouter les remarques et les intégrer si nécessaire. Cela n’empêche ni de tenir un cap ni de persévérer face aux difficultés. Cela permet de rester attentif à ce que l’action vous apprend.
Jouer le jeu, c’est s’engager à fond tout en gardant cette liberté de mouvement. C’est aussi préserver la joie d’un échange exigeant, la joie de faire progresser quelque chose ensemble. Une défaite peut être douloureuse sans effacer cette joie. Et celle-ci contribue à donner envie de continuer, pour soi comme pour les autres.
Prenez dix minutes pour sortir de votre bureau et aller marcher. Respirez profondément, pensez au sujet sur lequel vous êtes le plus engagé en ce moment. Et posez-vous cette question : qu’est-ce que je cherche à protéger en restant sous tension ? Quand vous aurez identifié cet élément, vous pourrez trouver d’autres moyens que la raideur pour le protéger.