Pour avoir de bonnes défenses immunitaires… structurez bien votre temps !

Publié le 17 mars 2020

En-dehors du gingembre, du citron, des tisanes au thym et au miel et de l’incontournable propolis, quelques idées pour prendre soin de vous d’un point de vue psychologique pendant l’inévitable et absolument nécessaire confinement.

Eric Berne, fondateur génial de l’Analyse Transactionnelle (l’un des plus grands systèmes psychothérapeutiques), a identifié trois « faims » psychologiques de l’être humain. La faim de stimuli physiques (par exemple se serrer dans les bras, s’embrasser… ou se serrer la main), la faim de signes de reconnaissance (que les autres me montrent de manière verbale ou non-verbale que j’existe à leurs yeux) et la faim de structuration du temps (que mes journées soient organisées autour d’un certain nombre d’actions ou de non-actions, impliquant plusieurs personnes ou non). 

Depuis Berne, un certain nombre d’auteurs ont regroupé les deux premières « faims », en soulignant que les contacts physiques sont en général liés aux relations interpersonnelles. Ce mot de faim (« hunger » en anglais) n’est pas indifférent : il s’agit de quelque chose de bien plus essentiel que des besoins (« needs »), dont la privation peut avoir des conséquences physiques (maladies et mort), spécialement chez les enfants, ou psychologiques (déprime – dépression – folie), chez les adultes. Et pour Eric Berne, s’il est fondamental de structurer notre temps, nos journées, c’est justement pour arriver à offrir et recevoir suffisamment de signes de reconnaissance. 

Le confinement imposé par le coronavirus vient faire exploser la structuration du temps classique des journées de la plupart d’entre nous et va tous nous mettre dans un état de semi-privation (de rationnement en quelque sorte) en matière de signes de reconnaissance. Dans cet article, je veux insister sur l’importance de rétablir une structuration du temps consciente, pour échanger suffisamment de signes de reconnaissance… et ainsi ne pas glisser lentement dans une espèce de morosité, voire de dépression, dont tous les professionnels de santé soulignent l’impact sur nos défenses immunitairesPour rester en bonne santé, boostons nos défenses immunitaires, et pour cela, remettons de la structure dans nos journées !

Lorsque Eric Berne parle de structuration du temps, il ne l’entend pas au sens de multiplier les activités. Il « dézoome » justement par rapport à l’activité considérée du seul point de vue du « faire » et distingue 6 grandes manières de structurer notre temps, en fonction du niveau d’intensité des signes de reconnaissance échangés

  • Le retrait

Nous avons tous besoin parfois de réduire la quantité de stimuli et d’échanges. Quand nous nous reposons, méditons, rêvons, dormons, nous avons le temps de prendre de la distance par rapport à nos expériences récentes, réfléchir sur nos émotions, comportements, « mettre de l’ordre » dans nos pensées. Bien sûr c’est aussi le moment où nous avons le moins d’occasions d’échanger des signes de reconnaissance avec les autres, et donc c’est la période où nous allons risquer le plus d’être « en manque »…

À l’évidence, le temps consacré au retrait va être en très forte augmentation pour la plupart d’entre nous une fois « confinés ». Nous ne pouvons plus être en interaction avec nos collègues de travail, nos amis, notre famille… Pour les maintenir, décrochez votre téléphone, encore mieux faites des appels en visio(1) ! Mon opérateur téléphonique espagnol, Movistar, a d’ailleurs offert à tous ses clients 30 GB de données par mois pendant deux mois pour inciter les gens à se connecter…

Pour ceux qui ne sont pas seuls chez eux, l’autre risque du confinement c’est qu’au contraire il ne soit brutalement très difficile de pouvoir se mettre en retrait ! Un appartement peut vite sembler très petit quand on y est tous en permanence… Donc là au contraire ce qui est important c’est de savoir dire aux autres qu’on a besoin d’un moment seul, ou au moins sans qu’on nous parle. Il est autorisé d’aller se promener seul – profitez-en pour redécouvrir les bienfaits du retrait.

  • Les rituels 

Il s’agit des échanges prévisibles, socialement définis. Par exemple, « Bonjour, comment allez-vous ? Bien et vous-même ? Au top. Il fait beau, non ? Oui, on en avait bien besoin après toute cette pluie ! » C’est agréable, car prévisible, encadré. C’est ce côté prévisible qui rassure dans des circonstances stressantes – enterrements, dîner de mariage (« vous êtes du côté de la mariée ou du marié ? » Berne parle des rituels comme de la graisse dans les rouages des relations humaines : ils permettent de fonctionner sans être trop proches. 

En Espagne et en Italie, face au confinement les personnes ont commencé à mettre en place des rituels tels que se mettre sur son balcon pour chanter un air archi connu (hymne national, la donna e mobile) dans un pâté de maison ou bien pour applaudir, à heures fixes, les professionnels de santé.

  • Les passe-temps

Dans ces moments-là, les personnes se réunissent avec un but – explicite ou implicite : avoir du fun, du bon temps. Les dîners entre amis, ou les déjeuners avec des collègues à la cafétéria, les pauses cigarettes (à condition justement qu’on ne parle pas trop « boulot ») sont des passe-temps classiques. 

Pour ceux qui sont seuls chez eux, il est important d’appeler des connaissances (de boulot ou pas) pour discuter « de choses et d’autres », se raconter la dernière blague, s’envoyer une vidéo rigolote… Pour ceux qui ont du monde avec eux, construisez des moments joyeux à plusieurs : jeux de société ou vidéo (à condition qu’il n’y ait pas de mauvais joueurs – et pour cela il est important que le contrat soit explicitement : « prendre du plaisir ensemble », pas gagner), dîner tous ensemble sans les écrans…

  • Les activités

On parle d’activité lorsque les personnes veulent atteindre un but ensemble. Au travail, nous sommes majoritairement impliqués dans des activités. Mais c’est aussi le cas lorsque nous jouons au foot, ou que nous bricolons (surtout à plusieurs – en solo cela peut être une très bonne manière de se mettre en retrait) ou que nous allons manifester.  Lorsque nous sommes confinés, ça peut être le ménage tous ensemble, ou bien préparer une recette en famille, ou bien encore écrire un article à plusieurs et à distance, comme ce que je m’apprête à faire avec une amie thérapeute belge !

En Espagne, des groupes Whatsapp s’organisent depuis le début de la quarantaine pour avoir une activité sportive (cardio ou yoga). Celui que j’ai vu passer ce matin proposait un calendrier avec des exercices quotidiens, à faire en famille, avec un rendez-vous hebdomadaire avec le coach en visioconférence pour tout le monde !

  • Les stratagèmes

Les stratagèmes sont une manière d’être en relation de manière très intense… qui s’achève avec un résultat négatif pour au moins une des personnes et parfois pour toutes les personnes impliquées. Parfois appelés jeux psychologiques (ce qui n’est pas une bonne idée, puisqu’il peut y avoir des jeux très positifs – cf le paragraphe sur les passe-temps ou les activités), les stratagèmes sont une manière d’échanger des signes de reconnaissance très intenses… et souvent négatifs. Imaginons cette scène dans une famille confinée :

– Le père : Est-ce qu’on déjeune aujourd’hui ? (Avec le visage renfermé)
– La mère : C’est une très bonne question – j’attends ta réponse ! (Avec un sourire moqueur et un ton de voix dur)
– Le père : Je ne sais pas… il me semble que tes enfants auraient envie d’un peu d’organisation, même en période de coronavirus ?
– La mère : Mes enfants ? Mon chéri, je te propose de prendre la direction de la cuisine, si jamais tu la retrouves, et de tenter de faire une omelette pour tes enfants. Et si tu y arrives, alors il y aura eu des effets positifs à cette maladie.
– Le père : Coronavirus ou pas, je constate que tu es toujours aussi emm… (il part en claquant la porte)

Pour éviter les stratagèmes, le plus simple est encore de trouver d’autres moyens d’échanger des signes de reconnaissance, positifs cette fois. Donc d’être attentifs à remercier les autres, à leur faire des cadeaux (symboliques, les magasins sont fermés !) tels que leur préparer un plat, leur apporter un coussin, regarder un film qui leur plaît… 

Un jeu peut être aussi très efficace : la ronde des signes de reconnaissance. Vous vous asseyez autour d’une table, et vous dites quelque chose de positif (et que vous pensez) sur la personne en général, ou sur une de ses caractéristiques (qualité, comportement, réussite X ou Y…). La personne qui reçoit ce cadeau doit juste dire merci, en souriant (et pas montrer son désaccord, ou que « c’est trop »…). Puis après une pause où vous discutez de ce que vous avez ressenti, vous refaites un tour, dans l’autre sens. C’est une technique que vous pouvez utiliser par exemple tous les soirs, pour boucler une journée joyeusement, ou bien lorsque vous avez l’impression que la tension monte dans l’appartement… et que les stratagèmes sont actifs !

  • L’intimité

L’intimité peut bien sûr être physique (se serrer dans les bras entre parents et enfants, entre amants, intimité sexuelle bien sûr). Mais au-delà de ça, ce qui définit l’intimité pour Eric Berne c’est que chacun exprime ses émotions, sentiments et désirs authentiques, sans les censurer, sans sous-entendus. Il n’y a pas de messages secrets (« tu vois bien ce que je veux dire… »), typiques des jeux psychologiques. Et les émotions authentiques sont utilisées pour régler un problème, pour rétablir une dynamique positive dans notre relation

Par exemple, en reprenant l’exemple ci-dessus : 

– Le père : Est-ce qu’on déjeune aujourd’hui ? (Avec le visage renfermé)
– La mère : C’est une très bonne question – j’attends ta réponse ! (Avec un sourire moqueur et un ton de voix dur)

UN TEMPS. Puis :

– Le père : Pardon, en fait je suis en colère parce que je suis coincé ici. Et j’ai l’impression que je suis rentré dans la pièce en essayant de provoquer une sale escalade…
– La mère : Et moi je pense que j’ai accepté un peu trop vite d’escalader justement. Parce que je suis en colère aussi, contre cet ordinateur qui ne marche pas, et l’informatique de ma boîte qui ne décroche pas !

UN TEMPS. Puis les deux souriant :

– Donc on fait quoi ?
– Je crois qu’on a tous les deux d’excellentes raisons d’être en colère, mais pas l’un contre l’autre ! Je laisse tomber l’ordi pour l’instant, de toutes façons c’est l’heure de déjeuner. On va profiter de ce qu’on est coincés pour prendre le temps de se faire des petits plats !

______________

Le risque évident de cette période de confinement, c’est que le niveau de tension augmente rapidement, parce que personne n’aime être contraint. Et parce que notre structuration du temps classique va être brutalement modifiée, ce qui est très anxiogène. Donc il est important de remettre en place une structuration du temps qui permette d’échanger suffisamment de signes de reconnaissance. 

Pour cela, réfléchissez à quels sont vos besoins dans chacune des catégories (stratagèmes exceptés bien sûr), discutez-en entre vous si vous êtes plusieurs, et établissez des règles et des plannings. Qui fait quoi à quel moment, comment respecter le temps et l’espace et les objets (écrans divers en particulier) de chacun. Puis que chacun s’engage à respecter ces règles et ce planning. En prévoyant des moments pour vérifier qu’ils sont encore ok pour tous, ou bien qu’ils nécessitent des ajustements !

(1)FaceTime, WhatsApp, Skype, mais aussi Zoom, ou Whereby, autant de solutions gratuites… et qui fonctionnent très bien !

6 commentaires

nathalie

27 mars 2020 à 10 h 20 min

Merci beaucoup Aurélien. Je me suis vraiment reconnu dans cet exemple du couple, l’essentiel est vraiment dans la communication et la manière de communiquer.
Je découvre tes articles et ils sont vraiment très intéressants.

Aurélien Daudet

27 mars 2020 à 10 h 44 min

Bonjour Nathalie,
Bienvenue alors sur ce site et dans la communauté ! Je suis très heureux d’entendre que mes articles peuvent t’être utiles. Surtout, si tu as des questions, des points que tu souhaites approfondir, dis-le moi ! En commentaire d’un article, ou bien par mail – aurelien@aureliendaudet.com. Ce que je préfère, c’est de partir d’une demande – c’est une bonne garantie !
A très bientôt,
Aurélien

Maïra

25 mars 2020 à 10 h 13 min

Merci Aurélien,

Lire tes articles, est pour moi, une source de Joie.
J’ai l’impression d’avoir des clefs pour mieux “vivre ensembles” et ” avec soi”, parce que, selon moi ce sont deux notions difficiles à assembler, mais finalement je comprends que c’est faisable.

Prenez soin de vous.

Maïra

Aurélien Daudet

25 mars 2020 à 10 h 30 min

Chère Maïra,
Ton message me touche beaucoup. Et je confirme, c’est parfois difficile à coordonner… mais c’est possible à condition de mettre les bonnes règles !
A tout bientôt j’espère,
Aurélien

Di Cocco Florence

17 mars 2020 à 12 h 34 min

Merci Aurélien pour ce partage très intéressant. J’y ai reconnu quelques comportements qui me permettent effectivement de me mettre en retrait et y trouver tout les bienfaits recherchés. Je poursuis donc dans cette voie.

Aurélien Daudet

17 mars 2020 à 12 h 55 min

Avec plaisir Florence ! Et je suis très preneur de techniques simples de sophrologie, à faire seul ou à plusieurs, pour garder une forme d’équilibre intérieur !
A bientôt, cuidate bien,
Aurélien

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.