L’intelligence émotionnelle… au secours de l’artificielle !

Publié le 15 avril 2018

Satya Nadella est le troisième DG de Microsoft, une sorte de record pour une société techno qui existe depuis plus de 40 ans. Nommé en 2014, il vient de publier un livre mettant en perspective son propre parcours, ses premiers pas à la tête du géant du logiciel, et sa vision du futur de l’industrie informatique, autour de trois axes : réalité augmentée, ordinateur quantique et intelligence artificielle.

Sa vision de l’Intelligence Artificielle (IA) est très opérationnelle, et de bon sens : « Aujourd’hui, nous ne voyons pas l’aviation comme un ‘vol artificiel’ – nous disons simplement voler. De la même manière, nous ne devrions pas considérer l’intelligence technologique comme artificielle, mais plutôt comme une intelligence qui sert à augmenter les capacités et les capacités humaines. »

Face à cette technologie, nous devrons développer de nouvelles compétences. Au premier rang desquelles il place justement des compétences NON techniques : « empathie, éducation, créativité, jugement et responsabilité ». « L’empathie, qui est si difficile à reproduire dans les machines, sera d’une valeur inestimable dans le monde humain-AI. La capacité de percevoir les pensées et les sentiments des autres, de collaborer et d’établir des relations sera essentielle. » (p. 206)

Intelligence artificielle et intelligence émotionnelle vont aller de pair : « La réalité augmentée, l’intelligence artificielle et l’informatique quantique vont changer la donne, en créant de nouveaux excédents économiques, mais aussi en perturbant la main-d’œuvre et en éliminant les emplois de routine que nous tenons pour acquis aujourd’hui. Certains prétendent que les robots prendront tous nos emplois, mais cet argument de la ‘masse de travail’ – l’idée qu’il y a une quantité limitée de travail disponible – a toujours été réfuté. C’est juste que différents types de travail seront nécessaires. Et les humains ajouteront de la valeur là où les machines ne le peuvent pas. Au fur et à mesure que nous rencontrerons de plus en plus d’intelligence artificielle, l’intelligence réelle, l’empathie réelle et le vrai bon sens seront rares. Les nouveaux emplois seront basés sur la façon de travailler avec des machines, mais aussi sur ces attributs humains uniques. » (p. 239)

Sur l’« ouverture » dans la communication

Pour Satya Nadella, l’intelligence émotionnelle doit être en acte dès aujourd’hui. Dans les rapports humains : « Mon approche est de diriger avec un sens du but et de la fierté dans ce que nous faisons, et non de la jalousie ou de la combativité. » (p.71) Conséquence, sa manière d’aborder la communication est elle aussi directe – et rappellera des choses à ceux qui sont venus faire les stages de « communication efficace » :

« L’ouverture commence par le respect – le respect des gens à la table et des expériences qu’ils apportent, le respect de l’autre entreprise et de sa mission. Sommes-nous toujours d’accord ? Bien sûr que non. Mais nous cherchons toujours à écouter intelligemment, cherchant à comprendre non seulement les mots mais aussi les intentions sous-jacentes. Je m’efforce de ne pas introduire d’histoire inutile dans la salle, et je ne laisse pas les limites du passé dicter les contours de l’avenir.
Au fil des ans, j’ai constaté que l’ouverture est la meilleure façon de faire les choses et de s’assurer que toutes les parties se sentent bien au sujet du résultat. Dans un monde où l’innovation est continue et rapide, personne n’a de temps à perdre sur des cycles inutiles de travail et d’efforts. Être franc les uns avec les autres est la meilleure façon de parvenir à un résultat mutuellement acceptable dans les plus brefs délais. »

Sur le management

J’aime beaucoup le récit d’une réunion qu’il tient peu de temps après sa nomination avec ses 150 top managers :

« J’ai dit à ces leaders à fort potentiel qu’une fois qu’on devient vice-président, partenaire dans cette entreprise, les pleurnicheries sont terminées. Vous ne pouvez pas dire que le café ici est mauvais, ou qu’il n’y a pas assez de bonnes personnes, ou que je n’ai pas eu mon bonus.

‘Pour être un leader dans cette entreprise, votre travail est de trouver les pétales de roses dans un champ de merde.’
(…) je voulais que ces gens cessent de voir toutes les choses qui sont difficiles et commencent à voir des choses qui sont grandes et qu’ils aident les autres à les voir. Les contraintes sont réelles et seront toujours présentes, mais les leaders sont les champions du dépassement des contraintes. Ils font bouger les choses. (…) pour moi, il y a trois attentes – trois principes de leadership – pour quiconque dirige les autres chez Microsoft.

Le premier est d’apporter de la clarté à ceux avec qui vous travaillez. C’est l’une des choses fondamentales que les dirigeants font tous les jours, à chaque minute. Pour apporter de la clarté, il faut synthétiser le complexe. Les leaders prennent le bruit interne et externe et synthétisent un message à partir de celui-ci, en reconnaissant le vrai signal  (…). Je ne veux pas entendre que quelqu’un est la personne la plus intelligente dans la pièce. Je veux les entendre utiliser cette intelligence pour développer une compréhension profonde et partagée au sein des équipes et définir un plan d’action.

Deuxièmement, les dirigeants génèrent de l’énergie, non seulement au sein de leurs propres équipes, mais aussi dans l’ensemble de l’entreprise. Il ne suffit pas de se concentrer sur sa propre entité. Les dirigeants doivent inspirer l’optimisme, la créativité, l’engagement commun et la croissance dans les périodes fastes et les périodes difficiles. Ils créent un environnement où chacun peut faire de son mieux. Et ils construisent des organisations et des équipes qui sont plus fortes demain qu’aujourd’hui.

Enfin, ils trouvent un moyen de réussir, de faire bouger les choses. Cela signifie stimuler les innovations que les gens aiment et qui les inspirent dans leur travail ; trouver un équilibre entre le succès à long terme et les victoires à court terme ; et ne jamais se limiter dans la recherche de solutions. » (p. 118-120)

Satya Nadella aborde enfin les thèmes – rebattus et souvent assez creux – de la vision et de la culture d’une entreprise, en gardant un ton original, simple, direct. Il donne un certain nombre de conseils de bon sens aux leaders mondiaux, dirigeants d’entreprise comme dirigeants politiques… Un livre qui refuse d’être définitif, et qui pour cela vaut la peine d’être lu.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.