Les trois fables de l’argent

Publié le 15 novembre 2018

Gérard Vallat, psychothérapeute – bientôt à Paris pour un séminaire sur les émotions – animait ce samedi un séminaire à Mulhouse sur « Ma relation à l’argent ». Un thème qui concerne évidemment tout le monde, mais qui est rarement abordé de manière aussi directe : comme il le rappelle, « l’argent est l’un des sujets les plus tabous, dans les familles, dans les entreprises… et même en psychothérapie ! Les gens ont parfois beaucoup moins de problèmes à parler de leur vie sexuelle que de leur rapport à l’argent… »

Ce séminaire était passionnant et je vous en propose une synthèse en trois articles :

  • le premier montrant comment un bon usage de l’argent suppose la mise en place d’un bon « transit » – sur le modèle d’un bon transit intestinal

  • le deuxième rappelant la différence entre les besoins, les envies et les désirs, dont la confusion est à l’origine de très nombreuses difficultés dans notre rapport à l’argent

  • le troisième, basé sur les enseignements d’Alain Crespelle, montrant comment ces difficultés sont souvent résumables autour de trois scénarios (fourmi, cigale et moucheron) et comment sortir de ces scénarios suppose de se donner un certain nombre de permissions.

Suite et fin de la synthèse du stage « Mon rapport à l’argent » que j’ai suivi ce week-end avec Gérard Vallat. Après avoir vu les règles d’un bon « transit de l’argent », puis mis en place les règles de différenciation entre besoins, désirs et envies, nous pouvons réfléchir à notre rapport à l’argent en considérant trois scénarios négatifs, où l’argent joue un rôle limitant, négatif. Ces scénarios ont été évoqués à l’origine par Alain Crespelle, grand analyste transactionnel, mort brutalement en 1999. Dans cette analyse, l’argent devient un révélateur puissant de décisions très profondes prises dans l’enfance.

1. La cigale

Ce scénario caractérise des personnes qui ont des difficultés, voire l’impossibilité à épargner, capitaliser, créer ou amasser un patrimoine. Cette difficulté est souvent liée à un message incorporé dans l’enfance (en Analyse Transactionnelle on parle d’ « injonction ») : « n’aie pas de liens, pas d’attaches », couplé avec « ne sois pas comme eux ». Ces personnes sont souvent en opposition avec leur milieu d’origine, plus « fourmi ».

Pour changer leur scénario, ils vont devoir apprendre qu’il est possible d’être soi tout en appartenant à un groupe, qu’il est possible d’être en lien sans être « bouffé » – ils vont devoir commencer à faire des choix financiers (cesser d’être enfant et devenir adulte) au lieu de toujours s’en remettre à la chance…

2. La fourmi

La difficulté est cette fois liée au fait de dépenser de l’argent pour soi, à en jouir, à avoir et surtout à montrer un train de vie élevé. Ces personnes ont souvent une peur intense de manquer, ils s’activent sans relâche pour éviter aussi l’intimité, et ont décidé qu’ils « s’en sortiraient tout seuls ».

On rencontre ce type de scénario chez des personnes qui ont appris à faire passer systématiquement les autres avant, qui ont dû grandir trop vite, avoir des responsabilités trop tôt, ou bien qui viennent de familles marquées par les privations, les difficultés, les guerres…

S’ils veulent relâcher ces contraintes, ils vont devoir apprendre à se faire plaisir, à prendre du temps pour eux-mêmes. Un processus qui peut être long au vu des résistances… Pour l’enclencher, Gérard Vallat propose de commencer par un exercice : « Trouver 10 objets à moins de 10 euros que je pourrais m’offrir ? »

3. Le moucheron

« Le scénario du moucheron se reconnaît à la difficulté qu’ont des personnes à gagner davantage d’argent, à augmenter leur chiffre d’affaire, le montant de leurs revenus » écrit Alain Crespelle. Les personnes sont souvent coincées par des décisions prises dans l’enfance : « je ne serai pas trop important », « je ne dépasserai pas » (mon père ou ma mère). Plus exactement, le blocage et la situation douloureuse viennent de la contradiction entre une prescription des parents « réussis, gagne de l’argent ! » et une autre, moins consciente, « … mais sans me dépasser », ou « … sans devenir quelqu’un d’important », « … sans en tirer du plaisir ».

La sortie de ce blocage se fera en osant exprimer son opposition, en acceptant de faire mieux que ses parents.

Considérer ces trois scénarios nous permet de comprendre d’où peuvent venir nos difficultés, nos blocages dans une utilisation saine de l’argent, et de commencer à mettre en place des décisions autonomes, au service de nos choix de vie conscients.

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