La joie ne se décrète pas, même à Noël

Publié le 12 décembre 2018

Depuis début décembre, les articles se multiplient sur les réseaux à propos de « ces gens qui n’aiment pas Noël ». Un grand classique, comme les articles sur les régimes à partir du mois d’avril, ou bien ceux sur les bonnes résolutions de rentrée à la fin du mois d’août. Les raisons évoquées pour cette phobie de Noël ? Un peu dans le désordre, des souvenirs pas toujours gais, le manque d’argent, les tensions familiales qui éclatent, ou qu’on fait semblant de ne pas voir. Les conseils pour éviter ça ? Partir en voyage, passer la nuit au service des autres, fêter Noël avec des amis ou ses voisins.

J’aime profondément Noël. Pourtant, lundi dernier, en sortant de chez un client proche des grands magasins à Paris, j’ai été frappé par les dizaines d’affiches dans les vitrines, répétant « Joyeux Noël », comme un mantra qui m’a semblé à la longue assez agaçant. Arrivé dans le métro, où les affiches continuaient à marteler « Joyeux Noël ! », je me suis dit que ce qui me gênait dans cette phrase c’est qu’elle pouvait sonner presque comme un ordre. Je lisais « Joyeux Noël ! » et j’entendais « Vous avez intérêt à être joyeux ! », « pas de blague, c’est Noël, tout le monde doit être joyeux ! », « arrêtez de faire la tronche, soyez joyeux ! », « arrêtez de vous plaindre, de râler, souriez ! »

En même temps que je réalisais la contrainte qui pouvait être cachée dans cette phrase, j’ai compris mon impression d’être « coincé ». La joie, comme toutes les émotions, ne se décide pas. Les émotions naissent dans notre cerveau limbique, notre cerveau cortical prend le relais dans un second temps, pour diriger nos pensées et contrôler nos comportements. Une émotion est une réaction biologique, qui engage d’abord le corps, c’est un signal qui manifeste notre réaction à un événement dans notre environnement, qui va activer notre pensée et enfin nous donner de l’énergie pour agir.

Si j’étais en colère face à ces affiches, comme peut-être d’autres personnes parmi vous, c’était parce que j’y voyais un ordre caché impossible à exécuter. Ma colère m’a donné l’énergie nécessaire pour réfléchir et identifier le problème. Et aussi pour décider deux choses : d’abord de mettre tout en place pour que la joie puisse être présente dans cette nuit de Noël – et au-delà. Ensuite de remplacer « joyeux Noël » par « je vous souhaite un joyeux Noël ». Parce que c’est à chacun de construire le cadre pour sa joie, nous ne pouvons que le souhaiter aux autres.

Un commentaire

Françoise

12 décembre 2018 à 20 h 11 min

Hello Aurélien

tu touches un sujet qui est bien important et j’aime beaucoup ta capacité d’identifier le problème et d’en tirer les conclusions utiles à tes décisions.

Ce que tu éclaires aussi, ce sont les raccourcis que nous prenons en Français (et dans d’autres langues). D’un souhait nous sommes passé vers une intention de souhait pour arriver à une compréhension d’un ordre. La culture dans laquelle nous vivons (et que nous créons) décrète ces normes. Le lien suggéré entre bonheur et achat me semble avoir un impact bien au-delà de Noël et créateur de croyances si pas fantasmes de ce que notre vie devrait avoir l’air.

Merci pour tes réflexions ! C’est toujours intéressant d’y réfléchir et voir vers quoi elles peuvent aussi mener.

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