Deviner le poids d’un bœuf ou chanter en chœur : l’intelligence collective en action

Publié le 20 novembre 2019

Ancien VP marketing de Microsoft Israël, Lior Zoref est aujourd’hui l’un des meilleurs auteurs et conférenciers sur le sujet de l’intelligence collective. Il a écrit un best-seller intitulé Mindsharing, avec une devise : « We are smarter than Me » – « Nous sommes plus intelligents que Moi ». En 2016, il a donné une conférence TED à Long Beach, en Californie, dans laquelle il a fait monter sur scène un bœuf, invitant les personnes dans la salle à estimer le poids de l’animal. Plus de 500 personnes dans la salle avaient répondu, avec des propositions allant de 154 kilos ( !?) à 4000 kilos ( ?!🤪 !?) Mais la moyenne de ces estimations donnait un poids de 812,8 kilos… pour un poids réel de 814,2 kilos, soit une erreur inférieure à 0,2%… 

L’expérience avait été déjà réalisée en 2015 par la National Public Radio (NPR), mais cette fois au travers d’une enquête en ligne qui avait duré une semaine, avec une photo d’une vache. Cette fois 17000 personnes avaient répondu, avec une estimation moyenne de 583,7 kilos, pour un poids exact de 614,6 kilos. Soit une erreur de 5% environ : peut-être que le fait de voir uniquement une photo de « Pénélope » explique que les résultats aient été moins précis que dans l’expérience de Lior Zoref !

Dans les deux cas, la « foule » s’est montrée beaucoup plus efficace que l’immense majorité des individus. Adrián Paenza, professeur de mathématiques à la Faculté de Sciences naturelles de Buenos Aires (et aussi journaliste sportif dans les plus grands journaux de son pays), compare dans une conférence récente cette intelligence « mathématique » à une foule chantant en cœur dans un stade : le ton de l’ensemble est juste, et pourtant si vous prenez les personnes une à une il est possible que vous leur disiez « s’il te plaît, taisez-vous, aussi longtemps que vous le pouvez ! » L’accord vient du fait qu’il y a une base commune, par rapport à laquelle les uns ont tort « en haut », d’autres ont tort « en bas », mais au final, ils se compensent… (à partir de 57’55″)

Mais comment retrouver cet effet de « foule » pour utiliser l’intelligence collective en entreprise ? S’il faut avoir des groupes de plusieurs centaines ou plusieurs milliers de personnes, c’est peine perdue ! En réalité, le nombre n’est pas le plus important. La première chose à faire consiste à abandonner l’idée de compétition. Comme le dit Adrián Paenza, dès que l’on dit « cette personne est intelligente, il y a une tendance, une tentation de toujours donner aux uns un pouvoir sur les autres ». Il faut donc mettre comme règle absolue que personne ne « sait » mieux que les autres, car sinon le processus qui permet de trouver le poids des vaches ou de chanter en cœur même avec trop de bière déraillera instantanément…

Et bien sûr, c’est un renoncement difficile… Donc mieux vaut y aller petit à petit ! Par exemple, j’ai commencé il y a quelques temps déjà à demander de l’aide pour réaliser mes vidéos, pour communiquer en ligne, pour faire croître mon audience. Au départ en demandant à des « spécialistes », comme s’il s’agissait encore de respecter les compétences et l’intelligence spécialisée de chacun. J’ai démarré un projet de coécriture avec un coach ami – encore une fois je restais dans l’idée de « demander à un pro ».

Et puis il y a un mois, je suis allé un cran plus loin, en demandant aux personnes inscrites à ma newsletter de répondre à quelques questions sur la peur au travail. J’avais eu des questions sur le sujet lors de formations, et au départ j’avais prévu de faire comme d’habitude : reprendre toutes les connaissances que j’ai en magasin, relire les documents que j’ai pu accumuler au cours des formations que j’ai suivies, et enfin lire un maximum de livres sur le sujet pour arriver à produire un document qui couvrirait l’ensemble (ou au moins le maximum) des attentes des personnes qui me feraient l’honneur et le plaisir de lire ce document.

Oui… mais. Je me suis dit que pour une fois, j’allais changer de méthode. Justement pour élargir au maximum mon horizon, et faire confiance à l’intelligence collectivej’ai demandé aux personnes inscrites à cette liste de répondre à trois questions :

  1. Quelles sont les plus grandes difficultés liées à la peur que vous rencontrez dans votre travail ?
  2. Quelles sont les questions que vous vous posez sur la peur ?
  3. Qu’aimeriez-vous apprendre sur la peur ? Que voudriez-vous savoir faire après avoir lu un document sur la peur ?

J’ai publié la synthèse des réponses, vous pouvez la lire ici. Et j’en ai retenu deux choses essentielles : 1. Les réponses se rejoignent autour de quelques axes principaux et 2. J’aurais sans doute raté ces points essentiels, ou du moins je ne les aurais pas mis au centre du document que je suis en train d’écrire sur la peur. 

Plus important encore : je suis en train de préparer ce document sur la peur, et je me rends compte que je dois rester très vigilant pour revenir régulièrement à ces demandes, ne pas les perdre de vue. D’abord parce que cela m’évitera de construire un document hors-sujet et aussi parce que cela me donne un cadre qui simplifie considérablement mon travail !

Que vous inspire le sujet de l’intelligence collective ? Avez-vous du mal à rentrer dans un processus « à plusieurs » ? Quels sont les principaux freins que vous rencontrez ? Et racontez aussi dans les commentaires vos histoires d’intelligence collective couronnées de succès !

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