Confinement : 3 règles pour des colères utiles

Publié le 31 mars 2020

Alors que nous sommes sur le point de rentrer dans notre troisième semaine de confinement, et que les dates de sortie en sont toujours aussi floues, il est possible que les tensions entre vos quatre murs aient commencé à augmenter. Première chose (pour certains ce sera quasiment un scoop !) !: c’est normal, et c’est une bonne chose que vous ressentiez de la colère. Mieux : il ne faut ni la bloquer, ni la « gérer », encore moins l’ « exprimer » ! Ce qui est important, c’est savoir quoi en faire, comment utiliser cette magnifique énergie.

1. La colère est une émotion positive

J’ai déjà eu plusieurs fois l’occasion d’insister sur ce point (par exemple ici), mais remettons-en encore une couche, et libérons-nous des erreurs graves à propos des émotions. Non, il n’y a pas d’émotions négatives. Les émotions sont toutes positives, parce qu’elles nous indiquent des choses essentielles dans notre rapport aux autres et au monde, etqu’elles sont une source d’énergie pour corriger cet état de fait. À la rigueur il y a des émotions agréables et d’autres désagréables, mais ça n’a rien à voir.

La colère est une émotion positive :

  • Parce qu’elle nous indique que quelque chose ne nous convient pas (en ce moment, vous avez peut-être comme moi tendance à dire de manière moins lisse « que quelque chose nous fait chier)

  • Et parce qu’elle nous donne l’énergie pour faire changer cette situation, rétablir un lien positif, agréable, avec notre environnement.

Bien sûr, en fonction de notre éducation, de notre culture (familiale ou nationale), nous pouvons croire que la colère « est mauvaise conseillère », qu’il vaut mieux « savoir se maîtriser », prendre de la distance. Conséquence : des personnes qui minorent (« je suis un peu agacé »), qui bloquent (« ça n’est pas si grave / si important ») ou bien encore qui masquent totalement leur colère, en montrant (et parfois même en ressentant !) une émotion de substitution, plus « autorisée ». Par exemple la tristesse, pour toutes les petites filles à qui on a répété « comme tu es laide quand tu te mets en colère ma petite chérie ».

Le résultat : l’émotion authentique n’est pas utilisée, la situation problématique ne change pas, l’émotion reste donc toujours là, et dérive en aigreur ou ulcère, ou bien finit en explosion de rage (qui n’est plus de la colère – la différence entre les deux est radicale).

DONC : LA COLÈRE EST UNE ÉMOTION POSITIVE, LÉGITIME QUAND ELLE CORRESPOND À UN ETAT QUI NE NOUS CONVIENT PAS, ET IL FAUT L’UTILISER !

2. La clé des relations constructives : la position OK / OK

En Analyse Transactionnelle, l’un des principes fondamentaux de la communication est que dans mes interactions avec les autres je ne m’accorde jamais une valeur supérieure à celle des autres. Je peux penser que je suis plus compétentdans mon job, ou mieux élevé, ou meilleur cuisinier, mais cela ne signifie pas que j’aie une valeur supérieure en tant qu’être humain. Inversement, ça n’est pas parce que je viens de foirer lamentablement ma prise de parole ou mon service au tennis, que ma valeur devient inférieure à celle des personnes qui m’entourent.

Sur le principe, tout le monde est d’accord. Nous avons tous « en tant qu’être humain », la même valeur. Mais dans le détail, vous allez voir que nos comportements, et nos phrases, témoignent souvent du contraire. Par exemple, je suis en colère parce que ma femme s’est mise à regarder Netflix, et que du coup ma visioconférence avec mon boss s’est mise à figer, et que nos échanges hyper importants sont devenus de la bouillie pour les chats. Si je lui dis « je t’avais dit de faire attention, tu fais vraiment ch… ! », je ne vise pas une chose qu’elle a faite, mais mon insulte l’englobe toute entière : « tu fais ch… » Cette phrase est en « OK / Non OK » (ou +/- ).

Pour éviter cette position déséquilibrée… certains vont basculer dans la symétrique ! Et par exemple arriver dans le salon et dire : « Mon amour, je sais que tu as beaucoup bossé ce matin, je comprends que ta série est vraiment très importante, et je suis vraiment trop nul, j’aurais dû y penser et fixer une autre heure de rendez-vous avec mon boss, mais est-ce que tu penses que tu pourrais, s’il te plaît, te connecter un peu plus tard… ? » Le tout avec l’air très très embêté, navré, désolé. Cette fois, l’exagération est dans le « je suis trop nul ». Je n’ai pas fait une erreur, je suis l’erreur. Cette fois, la personne est en « Non OK / OK » (ou -/+)

Pourquoi est-ce que ces deux positions ne sont pas une bonne idée : parce que nécessairement, à plus ou moins brève échéance, le processus de communication va dérailler. La condition pour que notre communication, nos échanges et notre relation, perdure de manière positive, constructive, nourrissante pour nous deux, c’est que nous restions en +/+.

Oui, mais comment faire un reproche en restant en « OK / OK » ? Very good question, Votre Honneur ! C’est très simple :

  • Parlez de ce que la personne a fait ou dit, ou de ce qu’elle n’a pas fait ou pas dit. Montrez que votre colère est née de son comportement, pas de sa personne ! En faisant cela, vous ouvrez une possibilité magnifique : qu’elle change ce comportement ! Alors que si vous visez la personne (« tu es vraiment trop bête » ou « c’est toujours la même chose avec moi (snif) ! ») alors il n’y a pas de possibilité de changement – je ne peux pas me changer !

  • Dites ce que cela a provoqué chez vous, et arrêtez de faire de la lecture de pensée. Par exemple ne dites pas « j’imagine que tu t’es dit que j’allais le faire, et que c’est pour ça que tu n’as pas sorti les poubelles ». Dites plutôt : « je suis en colère, parce que tu n’as pas sorti les poubelles, alors que tu t’y étais engagé ». Dans la première phrase, vous interprétez, et la personne aura tout le loisir de contester cette interprétation (d’autant plus que vous vous êtes peut-être complètement « planté »). Restez connecté à vous, à votre émotion, parce que c’est elle qui est authentiquepour vous, et c’est elle qui va vous être utile pour faire changer la situation dans le bon sens pour vous.

3. Arrêtez de vous plaindre, faites des demandes !

Une fois que vous avez dit ce qui ne vous va pas, dites ce que vous voulez ! Les plaintes, qu’elles soient en +/- (plaintes attaquantes – « c’est quand même pas possible que ce soit toujours moi qui fasse la vaisselle, merde ! ») ou en -/+ (plaintes geignardes – « je suis fatigué, je n’en peux plus de cette ambiance dans cette maison (snif) ! » sont inefficaces parce qu’elles sous-entendent que vous voulez quelque chose à la place mais elles ne le disent pas.

C’est l’exemple culte de ce gars assis devant son assiette, qui la regarde et qui dit à sa femme avec l’air sombre : « ah, y avait que du poisson ? » Ce à quoi elle répond : « ben si tu n’es pas content t’as qu’à aller te faire cuire un œuf ! » Il aurait mieux fait de dire « je te remercie d’avoir cuisiné ce poisson. Il se trouve que j’ai l’impression d’en avoir trop mangé et j’en ai assez. Est-ce que demain tu voudrais bien me faire un steak bleu ? » (Ne commencez pas à me traiter de sexiste de bas étage, vous pouvez sans problème inverser les rôles).

Voici le protocole détaillé pour faire une demande efficace (merci à Salomon Nasielski qui me l’a enseigné !) : 

  • Annoncer sa volonté de vouloir prendre un temps ensemble pour faire part de son mécontentement. Rester dans l’ici et maintenant, sans ramener des situations passées.

  • Énoncer sa souffrance, son malaise. Rester sur son sentiment à soi, ne pas parler de l’autre

  • Expliquer comment on comprend le problème

  • Énoncer sa demande de changement de comportement, expliquer l’importance qu’on y porte, et terminer par la question spécifique : « vas-tu le faire et si oui, quand ? »

En synthèse : je te signale mon émotion, je te dis d’où elle vient selon moi, je te dis ce que je veux, et je te demande si tu es prêt à t’engager à le faire.

Si la personne bloque (parce qu’elle est restée dans cette idée que je voudrais la faire changer), vous pouvez lui signaler :

  • que vous ne voulez pas la changer, que vous l’aimez telle qu’elle est, mais que vous lui demandez de changer un comportement en un autre, plus acceptable, confortable pour vous

  • que si vous lui demandez cela, c’est justement parce que votre relation est très importante pour vous. Ceux qui acceptent (pardon « tolèrent ») tout de l’autre, c’est souvent le signe qu’ils ont abandonné l’idée de leur relation, et qu’ils se contentent de coexister.

En conclusion, j’espère vous avoir convaincu de la beauté d’une colère authentique, bien utilisée, en position OK/OK, pour faire des demandes claires. Finalement, ce confinement, c’est peut-être l’occasion de mettre en place de très saines habitudes – qu’en pensez-vous ? 

Pour rappel, dans des articles précédents, je vous ai proposé des règles de structuration du temps, et des idées pour fixer de nouvelles règles et priorités – dites-moi là aussi ce que vous en pensez !

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