Comment sortir du “piège” de la créativité

Publié le 9 octobre 2019

Avez-vous déjà souffert le martyre en essayant de trouver une solution à un problème dans lequel vous êtes empêtrés depuis plus ou moins longtemps ? Vous avez testé déjà un grand nombre de solutions « logiques », améliorés à la marge des processus déjà connus, rien à faire. « Il va falloir trouver / être / penser… out of the box ». 

créativité

Je ne comprends pas bien ce que veut dire cette expression, pour moi « en-dehors de » ne dit pas « où » je dois me mettre, ce que je dois faire pour trouver une solution originale, créative. Avez-vous vous aussi ressenti une forme de contrainte douloureuse face à cette injonction ?

Le paradoxe de « soyez créatif ! » – si cela pouvait se décider, nous l’aurions déjà fait depuis longtemps (et nous nous serions évité ces réunions infinies) – devient carrément un piège lorsque je vois certains mettre en place des processus pour arriver à « sortir de la boîte ». J’adore les processus, mais justement, il s’agit maintenant d’abandonner – au moins pour un temps – le chemin de la pensée logique, discursive, non ?

Pour réfléchir à la création, rien de moins efficace qu’un processus, itératif, avec des étapes bien définies et un résultat défini par avance et attendu pour une date précise. Plutôt que cette vision mécanique, mieux vaut utiliser des images du vivant – gestation, germination. 

Quelles sont les conditions nécessaires pour faire preuve de créativité – c’est-à-dire expérimenter ce moment du « eureka ! », quelle qu’en soit l’importance ? Dans une conférence récente donnée pour El Pais, le premier quotidien espagnol, et BBVA, grande banque du même pays, Facundo Manes, neuroscientifique argentin, rappelle les trois temps de la créativité. 

  • Le premier : ce qu’il appelle la « préparation ». C’est le temps de l’apprentissage, du développement des savoirs et des compétences. Il prend des années. C’est une condition nécessaire, mais pas suffisante pour arriver au « moment eureka »

  • Le deuxième : c’est « l’incubation ». Réfléchir, penser de manière obsessionnelle à un problème. Penser sans cesse à un dilemme rafraîchit nos idées. Ce temps dure des jours, des semaines. Comme le précédent, il est nécessaire, mais pas suffisant.

  • Le troisième : « débrancher le cerveau ». Ne rien faire qui soit lié au problème d’origine, ce qui va laisser le cerveau en « default mode », dans lequel il continue à traiter l’information. Pendant que nous sommes dans les transports, dans notre canapé, endormis, somnolents… notre cerveau continue à travailler. « C’est pour cela qu’il est important de parfois s’ennuyer, de parfois ne rien faire ». 

Aucun de ces trois temps n’est suffisant. Et ils sont tous nécessaires. Ce sont comme des « bains », des « bouillons de culture » dans lesquels vont germer des idées. Comment savoir si l’une d’entre elles permet un grand pas en avant ? Il faut tester. Et donc « il faut accepter de faire des erreurs », continue Facundo Macuno. De Steve Jobs à Galilée, tous les grands créateurs se sont trompés. « Personne ne peut créer quelque chose d’important sans s’être beaucoup trompé avant ». Or « l’école, la famille, l’entreprise, la société, tous stigmatisent les erreurs ». 

Le dernier facteur de créativité souligné par Facundo Macuno, c’est le contexte. De la Renaissance à la Silicon Valley, « vivre dans des environnements, des ecosystèmes créatifs et positifs influence notre créativité ». Il y a les environnements qu’on subit, ceux dans lesquels nous sommes plongés. Et puis il y a ceux que l’on se crée. Les groupes, les personnes avec lesquelles on monte des projets, on tente des choses. 

Pour choisir ces personnes, voici quatre règles issues de ce qui précède :

  • Qu’elles développent leurs compétences avec passion

  • Qu’elles aiment s’acharner sur un problème comme un chien sur son os, qu’elles aient du plaisir à ruminer, tourner autour, à être obsessionnelles dans ce monde de l’instantané et de la déconcentration permanente

  • Qu’elles vénèrent l’oisiveté – ce temps qui n’a rien à voir avec la paresse, mais où l’idée peut germer

  • Et enfin qu’elles admirent le courage de l’erreur.

2 commentaires

Brice

15 octobre 2019 à 8 h 17 min

Step by step ! Un super article Aurélien et une bien belle métaphore que ces murs de pierre. Prendre le temps de faire et ne pas trop figer les choses est un de tes conseils que j’ai suivi ces derniers mois. Résultat, chacun a pu apporter sa pierre à l’édifice : agréable et efficace. Et encore mieux, finalement l’édifice n’est pas terminé : entre temps nous avons voulu construire quelque chose de différent. Merci !

Aurélien Daudet

15 octobre 2019 à 8 h 27 min

Merci Brice… construire avec toi est une joie !

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