Comment dites-vous bonjour ?

Publié le 23 février 2018

On dit souvent dans les métiers de la thérapie et du coaching que les tous premiers échanges sont hautement révélateurs de la manière dont la relation va se dérouler par la suite. En effet, dès le premier “bonjour”, chacun d’entre nous arrive chargé de ce qu’Eric Berne, le fondateur de l’Analyse Transactionnelle, appelle les “détritus”(1). C’est-à-dire l’ensemble des croyances que nous avons sur nous-mêmes, les autres, et le monde en général, et qui viennent influencer, “colorer” ce premier contact essentiel. (Le mot de détritus signifiant que ces croyances sont souvent négatives, minorant notre valeur ou celle des autres).

La communication étant un processus, nous réagissons bien sûr à la manière qu’ont les autres de nous dire bonjour… en fonction de nos propres “détritus”. Si je rencontre quelqu’un qui me fait un petit bonjour, avec un sourire contrit du genre “c’est tellement gentil de bien vouloir m’accueillir”, et que moi-même j’ai tendance à dévaloriser mon importance, je vais probablement lui répondre avec un sourire encore plus contrit. Si au contraire j’ai des croyances du style “il faut savoir s’imposer dans ce monde”, je vais peut-être réagir avec un visage fermé, marquant ma désapprobation d’un comportement “soumis”. (D’ailleurs dans les deux cas mon interlocuteur sera conforté dans l’idée qu’il vaut mieux adopter un comportement en “profil bas”… il aura renforcé ses croyances sans voir que c’est largement dû à son bonjour d’origine !)

Au contraire, si j’ai appris dans mon enfance qu'”il ne faut pas faire confiance aux gens trop vite”, je vais me limiter à un bref échange de regard, mâchoires serrées, avec un bonjour “sec” et une poignée de main un peu trop énergique… Il y a des chances que ceux en face de moi me trouvent peu agréable, et se tiennent prudemment à distance… confirmant ainsi mon idée de base !

Certains ont le visage fermé, d’autres sourient de manière assez automatique, certains tendent la main d’autre non, les regards se croisent… ou pas, les corps se font face… ou pas, bref, peu de gens – moi y compris ! – ont l'”authentique sourire fidjien”, qui pour Berne “constitue l’un des rares joyaux de ce monde. Il commence lentement, éclaire tout le visage, y demeure assez longtemps pour se faire clairement reconnaître et pour reconnaître clairement, puis il s’estompe avec une secrète nostalgie”.

Comment arriver à ce bonjour qui rappelle celui de certaines mères avec leurs nourrissons ? Pour Berne, il faut “se débarrasser de tous les détritus que l’on a dans la tête”. Quitter toutes ses croyances limitantes, toutes les émotions parasites qui nous animent, cela peut prendre longtemps… Au moins pouvons-nous prendre quelques instants pour nous connecter à nos émotions du moment, analyser le cheminement de nos pensées, vérifier que nous n’arrivons pas déjà avec toutes sortes d’a priori et d’attentes envers nos interlocuteurs, concernant leurs comportements, leurs pensées et leurs émotions.

Berne donne aussi une deuxième règle, peut-être plus simple : “ensuite on reconnaît que ce bonjour particulier ne se reproduira jamais”. Pour prendre conscience que cette occasion est unique, il faut se souvenir que ce “bonjour” est une occasion magnifique d’échanger un premier signe de reconnaissance, cette “nourriture” dont nous avons un besoin vital, au moins pour notre santé psychologique. Voir le bonjour comme un cadeau, offert à quelqu’un pour qui il peut représenter une nourriture essentielle (et dont il manque peut-être cruellement), c’est donner une toute autre valeur à un signe trop souvent conventionnel.

(1) Eric Berne, Que dites-vous après avoir dit bonjour ?, Coll. Le Corps à vivre, Tchou, Paris 2012, p. 14

Aurélien Daudet - Communication efficace - intelligence émotionnelle

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