Publié le Jan 8, 2022

Ce que l’improvisation peut apporter dans notre vie

Keith Johnstone, l’un des plus grands hommes de théâtre du XXème siècle, écrit dans son livre Impro : « Il y a les personnes qui préfèrent dire ‘oui’ et les personnes qui préfèrent dire ‘non’. Celles qui disent oui sont récompensées par les aventures qu’elles vont vivre, et celles qui disent non sont récompensées par la sécurité qu’elles vont obtenir. Il y a beaucoup plus de personnes qui disent non que de personnes qui disent oui, mais nous pouvons entraîner un type de personnes à se comporter comme l’autre ».

Dire non, c’est rester dans le monde de la prévision, de la planification. Dire oui, c’est la première étape pour basculer dans le monde de l’improvisation. Dans son livre Improv Wisdom, Patricia Ryan Madson nous rappelle que l’improvisation a largement précédé la planification dans l’histoire de l’humanité. Pendant des millénaires, la règle c’était je me lève, j’observe prudemment ce qui m’entoure, je cherche de la nourriture. Je partage ce que j’ai trouvé avec mes congénères primates et je cherche un endroit chaud pour dormir.

À un moment, l’être humain s’est rendu compte qu’il valait quand même mieux planifier pour passer les longs hivers glacés et augmenter son espérance de vie… c’est le début de l’agriculture. Nous avons commencé à nous projeter sur le long terme.

Aujourd’hui, des milliers d’années plus tard, nous sommes presque prisonniers de cet instinct de planification. Nous faisons des listes, des plannings – nous avons choisi la sécurité par-dessus tout.

Bien sûr, avoir des habitudes peut être une bonne chose. Surtout quand elles sont orientées, construites, par rapport à un but que nous avons choisi consciemment. Je vous en ai d’ailleurs parlé longuement dans ma vidéo de la semaine dernière. Mais cela ne doit pas nous empêcher de voir le monde chaque jour avec des yeux neufs, pour rester connectés à la nature profonde de la vie, toujours changeante, toujours neuve.

Les périodes de crise comme celle que nous vivons en ce moment, ou comme tant d’autres qui l’ont précédé dans notre histoire, nous rappelle que justement nous ne pouvons pas tout prévoir, tout contrôler.

Pour moi, la question n’est pas vraiment de savoir comment le monde va évoluer, s’il va revenir à un avant, ou déboucher sur un nouvel état, différent. Je préfère regarder ce qui justement ne changera jamais ! Notre environnement restera profondément, essentiellement, imprévisible. Et nous, les indépendants, qui circulons entre des structures, des organisations très différentes, nous en sommes peut être encore plus conscients.

Bien sûr il n’est pas question de tout improviser et de ne plus rien préparer. Mieux vaut prévoir ses rendez-vous médicaux, remplir son réservoir d’essence avant de prendre la haute, payer ses amendes en temps et en heure… Mais la crise actuelle nous rappelle qu’il est essentiel de mettre plus de souplesse, plus de fraîcheur dans notre mode de fonctionnement, pour être prêts à saisir toutes les opportunités.

Fondamentalement, pour moi, ces crises représentent une opportunité unique de repenser nos relations, notre vie, notre business. Pour cela, il faut cesser d’y voir uniquement des contraintes. Et commencer à y voir des opportunités qui émergent toujours, nécessairement, quand un système est bouleversé.

Pour changer notre état d’esprit, je vous propose de nous inspirer des plus grands improvisateurs, les improvisateurs de théâtre. C’est justement pour cela que j’ai lu cette semaine le livre de Patricia Ryan Madson, Improv wisdom.

Dans ce livre, elle décrit les 13 règles fondamentales de l’improvisation. Je vais me focaliser aujourd’hui sur celles qui me semblent le plus utiles dans le business. Et je vous conseille vivement d’aller lire les autres dans ce bouquin !

Maxime n°1 : « Say yes ! »

Dire oui à ce que la vie nous présente est un acte de courage et d’optimisme. Cela nous permet de partager le contrôle avec d’autres, ce qui les rend heureux. Cela apporte des résultats inattendus et positifs. Et surtout, cela évite le péché capital du blocage.

Nous bloquons quand nous essayons de rétablir notre contrôle sur la situation, au lieu de l’accepter. Quand nous disons « non », quand nous voulons imposer une meilleure idée, quand nous changeons de sujet, quand nous corrigeons la personne qui parle, quand nous voulons ignorer ce qui est en train de se passer.

Dire non est un moyen illusoire de contrôler ce qui nous va nous arriver dans le futur. Réapprenons à dire oui, oui et, pas oui mais. C’est le moyen de révéler les possibles.

Maxime n°2 : « don’t prepare »

Ce que propose Patricia Ryan Madson, c’est de rediriger notre énergie de planification en amont vers une concentration sur l’ici et maintenant. De nous concentrer pour être prêt à ce qui va se passer. Ce qu’elle propose, c’est de remplacer la préparation par l’attention.

Si nous acceptons les surprises, si nous acceptons le fait que les solutions ne sont pas forcément celles que nous avions préparées, celles dont nous avons l’habitude, nous serons beaucoup plus efficaces.

De la même manière, piloter notre attention va nous permettre de ne plus nous focaliser sur ce que nous imaginons de négatif dans l’avenir, et de la reporter sur ce qui est en train de se passer ici et maintenant. C’est un moyen particulièrement efficace de calmer nos angoisses.

Maxime n°3 : « just show up »

Ce qui fait la différence, c’est ce que nous faisons et l’endroit où nous décidons d’aller pour le faire. Que ce soit pour faire du sport, pour faire croître notre business, pour améliorer nos relations, si nous voulons que les choses se produisent, nous devons agir, agir chaque jour et agir sans attendre.

Oublions les conditions mensongères telles que « j’irai si je suis en forme », « si je suis préparé », « dès que j’aurais fait le reste », « dès que je sentirai l’envie »… Il faut y aller, tous les jours, rituellement, sans attendre d’être motivé. C’est là que le processus démarre, c’est comme cela que nous aurons des résultats.

Maxime numéro 5 : « be average »

Laissez tomber les « je dois être excellent », « ça doit être parfait ». C’est la porte d’entrée dans les angoisses. D’ailleurs dans la foulée laissez aussi tomber les « je dois trouver une idée originale », « il faut que je sois out of the box ».

Patricia Ryan Madson rappelle la citation de Marcel Proust « Le vrai voyage ce n’est pas de chercher des nouveaux paysages mais un nouveau regard ». La vraie originalité est beaucoup plus immédiate que ce que vous pensez : elle est dans votre regard sur la réalité.

Comme le dit Patricia Ryan Madson, mieux vaut penser « inside the box » : en étant plus attentifs à ce que nous avons en face de nous, à ce que nous sommes en train de faire. Ce qui est ordinaire pour vous peut être une révélation pour d’autres.

Maxime numéro 7 : « face the facts »

Particulièrement dans des périodes agitées, compliqués, troublées, arrêtons de perdre du temps et de l’énergie à rêver à ce que la situation pourrait ou devrait être. Il faut faire avec ce qui est en face de nous : quelles que soient les situations, les personnes, elles peuvent être des opportunités.

La réalité est incertaine, parfois chaotique. Faisons avec et agissons. C’est ce qui nous permettra de profiter de tous les nouveaux cadeaux de la vie, au fur et à mesure.

Maxime numéro 13 : « enjoy the ride »

Cherchons dans tout ce que nous faisons, même les tâches les plus banales, les plus habituelles, des sources de joie. Ça n’est pas toujours facile bien sûr, c’est parfois même impossible. Mais si nous faisons l’effort de nous concentrer pour regarder les situations de notre vie avec cet œil positif, nous allons découvrir beaucoup plus de ce carburant essentiel, la joie.

C’est le moteur le plus puissant de la relation à autrui – si nous sommes en joie nous allons attirer les autres. Et le jeu est un moteur magnifique pour apprendre, pour grandir, pour développer de nouvelles compétences. On peut être sérieux sans se prendre au sérieux, on peut être professionnel en gardant un regard d’enfant sur le monde qui nous entoure.

Aujourd’hui, ce que je voulais vous dire, c’est que puisque le monde est changeant, apprenons, réapprenons à improviser. Notre vie est une aventure. « Le monde entier est un théâtre », disait Shakespeare dans sa pièce ; Comme il vous plaira. Sur la scène de ce théâtre se joue une pièce qu’il serait vain de vouloir contrôler, une pièce que nous ne pourrons pas répéter. Nous ne vivons qu’une fois, profitons-en.

Alors oui, préparons-nous, un peu. Mais improvisons, beaucoup. Agissons maintenant et rions ! Très belle semaine.

PS : Si vous êtes indépendante, freelance, entrepreneuse, et que pour l’instant vous avez plutôt l’impression d’être coincée dans les contraintes… prenez rdv ! Je vous offre une heure d’entretien pour échanger sur vos difficultés et vous proposer des solutions concrètes pour ouvrir de nouvelles opportunités !

11 Commentaires

  1. Merci pour ce complément d’éclairage qui confirme mes intuitions 🙂
    J’attends avec impatience la prochaine vidéo!

    Réponse
  2. Toujours très pertinent et rafraîchissant, merci à toi
    et bonne année à tous ouverte sur de nouvelles aventures

    Réponse
  3. Hello Aurelien, je voudrais pas dire mais tu es de mieux en mieux:) et merci pour ce moment vrai , bien à toi Olivier

    Réponse
    • Merci Olivier ! Je prends ton compliment avec d’autant plus de plaisir que tu es l’une des personnes qui a le plus de recul sur mon travail ! A tout bientôt, Aurélien

      Réponse
  4. Salut Aurélien.

    Un grand merci pour cette vidéo.

    Une question (à laquelle je pense que tu réponds en fin de vidéo, mais je te laisse faire ta réponse) :

    Certes l’improvisation est une force sur laquelle il faut savoir s’appuyer.

    Et ce conseil est d’autant mieux reçu par le fainéant (qualité) que je suis.

    Néanmoins, la préparation permet de s’appuyer sur des informations factuelles et de renforcer le discours improvisé. En préparant, je recueille les informations qui seront la force de mon improvisation.

    Comment éviter l’écueil de l’impréparation où l’excès de confiance en soi comptant s’appuyer sur une bonne capacité d’improvisation pousse l’orateur à venir les mains dans les poches et la fleur au fusil à une réunion ?

    Et un petit commentaire sur la vidéo :

    Tu mets en avant les qualités inhérentes au “oui” et aux opportunités qu’il apporte.

    Pourtant, je me souviens d’une formation avec toi où tu avais mis en avant le “non” au client comme une réponse satisfaisante. Tu faisais face à des commerciaux qui n’envisageaient pas le “non”.

    Comment concilier les deux?

    Réponse
    • Hello Stéphane !

      Pour répondre à ta première question de manière simple : il faut les deux, mais depuis les débuts de l’humanité nous n’avons fait que renforcer la préparation. Et quand l’improvisation est réduite à la portion congrue, cela n’engendre que des blocages, des résultats de qualité médiocre. Et ce que montre Patricia Ryan Madson dans son livre, c’est que l’improvisation suit des règles… donc qu’on peut se préparer à improviser ! C’est-à-dire intégrer de manière beaucoup plus harmonieuse préparation et adaptation au moment présent.

      En ce qui concerne ta deuxième question, le “oui” dont je parle dans cette vidéo est un état d’esprit, une attitude globale face à la vie, face à tout ce qu’elle peut comporter d’imprévus… et donc d’opportunités de joie et de progression. En même temps, Patricia Ryan Madson explique bien que cela ne signifie pas dire oui… à tout !
      Le “oui” a priori permet d’explorer les possibles, et les demandes de nos interlocuteurs. Et à un moment nous pourrons bien sûr refuser des choses qui ne nous semblent pas acceptables. Mais si tu te souviens, ce que je proposais dans cette formation, c’était de dire “non… et pourquoi est-ce que vous voulez ça / pourquoi est-ce que c’est important pour vous ?” Ce qui permet de continuer à explorer, de chercher s’il n’y aurait pas une autre manière de répondre !

      Qu’en dis-tu ?

      Réponse
  5. Cher Aurélien,
    Tu es en très grande forme en ce début d’année ! Merci pour cette vidéo et ce message plein d’optimisme et d’encouragements. Oui, we want to be Yes people!!!

    Réponse
    • Avec plaisir, Catherine ! Content que cela t’ait plu, y feliz año nuevo !

      Réponse
  6. super vidéo, merci! et effectivement tellement dans l’air du temps 🙂

    Réponse

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