5 règles pour durer plus longtemps que vos compétiteurs

Publié le 30 octobre 2019

Dans son dernier ouvrage, The Infinite Game, Simon Sinek présente deux manières de nous comporter au travail (ou dans notre vie en général) : les jeux finis, et le jeu infini. Il montre comment une organisation ne peut réellement durer que si ses leaders et tous ses membres reconnaissent qu’ils sont engagés dans un jeu infini, et qu’ils acceptent de changer fondamentalement leur vision du monde et de la compétition.

Simon Sinek est l’un des meilleurs penseurs des organisations aujourd’hui. Sa conférence sur « How great leaders inspire action » est l’une des plus remarquables des TED Talks, avec 47 millions de vues et des sous-titres en 49 langues. Je le suis depuis 2010 et j’ai toujours été frappé par la puissance simple de ses réflexions.

Dans son livre The Infinite Game, Sinek reprend des concepts définis en 1968 par James Carse dans Finite and Infinite Games. D’un côté il y a les jeux « finis », où on joue pour gagner, avec un vainqueur et des perdants. Les règles sont claires, connues, comme les participants et les objectifs communs. Ces jeux sont plus simples à comprendre et à pratiquer, ils sont aussi plus satisfaisants à court terme. Dans le jeu « infini », le nombre exact de joueurs est inconnu, les règles peuvent changer, et il n’y a pas d’objectif clair à part celui de continuer le jeu.

L’armée américaine a remporté à peu près toutes les batailles de la guerre du Viêt-Nam. Et pourtant elle a fini par perdre la guerre. Pourquoi ? Selon Simon Sinek les Etats-Unis jouaient un jeu « fini », dans lequel il s’agissait de battre leur adversaire. L’armée nord-vietnamienne quant à elle se battait pour survivre – ils étaient dans un jeu « infini ».

Un jeu fini s’arrête lorsqu’un des adversaires est déclaré vainqueur selon les règles définies à l’origine. Dans un jeu infini, si l’un des participants l’abandonne, par manque de ressources ou d’envie, le jeu continue malgré tout, sans lui. La guerre froide a duré pendant des années parce qu’il ne pouvait pas y avoir un vainqueur ou un perdant – il fallait que le jeu continue. Elle s’est arrêté parce que l’Union soviétique a fini par se retirer du jeu.

Nous sommes tous participants dans des jeux infinis : par exemple il n’y a théoriquement pas de « vainqueurs » dans un mariage ou en amitié ! Selon Simon Sinek il n’y a pas non plus de vainqueurs dans le business. Pourtant, un grand nombre de leaders parlent d’être « numéro 1 », « les meilleurs », de « battre la compétition ». On dirait qu’ils participent à un jeu « fini »… mais quelles en sont les règles ? Quels sont les indicateurs de référence ? Quelle période considère-t-on ? Quels objectifs définis à l’avance ont été acceptés par tous les participants ? Le business n’est en rien comparable à un match de foot !

Beaucoup d’organisations ont un cadre de référence d’un jeu « fini » alors qu’elles sont en réalité dans un jeu infini. Ce qui selon Simon Sinek a trois conséquences inévitables : baisse de la confiance, de la coopération, et de l’innovation. Et au final, la sortie du jeu par manque de moyens ou de volonté – ce qu’on appelle un dépôt de bilan ou une fusion.

Dans un jeu infini, il n’y a qu’un seul vrai compétiteur : vous-mêmes. Le but est de faire un meilleur produit cette année que l’an dernier, de rendre votre culture d’entreprise plus forte que l’an passé, de tout faire pour que votre organisation, vos systèmes soient plus forts, vos salariés plus engagés, vos recrutements plus efficaces… que l’an dernier. Il n’y a pas de fin au jeu, c’est un jeu d’amélioration constante.

Comment dès lors changer notre cadre de référence pour participer pleinement à un jeu infini ? En suivant 5 règles de base :

1. Avoir une cause juste

Un objectif commun pour lequel vous seriez prêt à sacrifier beaucoup de choses, en tous cas à faire passer votre intérêt individuel en second pour faire avancer cette cause. Simon Sinek donne l’exemple du groupe américain CVS, un des leaders de la vente de pharmacie et de parapharmacie, dont le slogan est « Helping people on their path to better health ». Pour suivre cette « vocation », le groupe a décidé il y a 5 ans de supprimer la vente de cigarettes dans ses boutiques, se privant de milliards de dollars de chiffre d’affaires, provoquant les critiques de Wall Street et la méfiance des investisseurs. Leur business est aujourd’hui plus profitable que jamais et leur action à des niveaux records.

2. Avoir des équipes en confiance

C’est-à-dire des équipes où il soit permis de dire : « J’ai fait une erreur ou j’ai peur ou j’ai des problèmes à la maison et ils affectent mon travail », sans craindre l’humiliation ni les représailles.

3. Avoir des adversaires de qualité

Ce sont ceux qui nous révèlent nos faiblesses. Au lieu de les critiquer, de chercher à les ignorer ou à les rabaisser, mieux vaut apprendre ce que les gens admirent et aiment tant chez eux, et concentrer notre énergie à travailler sur nous-mêmes. Toujours cette amélioration constante à la base du jeu infini. 

4. Être capable de « flexibilité existentielle »

On est bien au-delà de la souplesse quotidienne requise dans nos jobs : il s’agit de la flexibilité fondamentale qui nous permettrait de changer complètement de stratégie dans le seul but de faire avancer notre cause. Simon Sinek donne l’exemple de Blockbuster, leader de la location de vidéos, dont le président, inquiet de l’arrivée d’un nouvel acteur, Netflix, avait proposé de lancer un service de streaming. Son conseil d’administration avait refusé, car cela allait trop contre le modèle économique de la société… 

5. Avoir le courage de diriger

Ce qui veut dire avoir le courage de rester ferme sur ses décisions même lorsque les critiques pleuvent. Car comme le dit Simon Sinek, l’immense majorité des messages reçus en école de commerce va dans la direction des jeux finis. Et il faut beaucoup de courage pour résister et se mettre dans le cadre de référence d’un jeu infini. Cela demande tellement de courage, qu’il vaut mieux s’entourer de personnes qui partagent cette ambition et nous rappellent que notre décision sera juste sur le long terme.

Si vous voulez aller plus loin, voici un interview et une conférence de Simon Sinek (en anglais) :



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